Henri Barbusse
Le prix Goncourt qui fit scandale dans la France en guerre
Henri
Barbusse
Paris, 15 décembre 1916. Pendant que l'Académie Goncourt couronne Le Feu d'Henri Barbusse, les soldats du 231e régiment d'infanterie s'enlisent dans la boue de Crouy. Ces hommes épuisés, dont l'écrivain a partagé l'existence pendant vingt-deux mois, voient enfin leur quotidien arraché à la censure et aux mensonges des propagandistes.
23 décembre 2025
Le livre, publié quelques semaines plus tôt chez Flammarion après avoir paru en feuilleton dans L'Œuvre, soulève l'indignation de l'arrière et l'enthousiasme des combattants.
Il raconte sans fard la guerre telle qu'elle est : une absurdité meurtrière qui broie les hommes dans la boue, le sang et le désespoir.
Ce prix Goncourt décerné en pleine guerre n'est pas un simple couronnement littéraire. C'est un acte politique qui bouleverse la France et révèle au grand public l'enfer que vivent les poilus dans les tranchées.
Le réalisme cru du récit contraste violemment avec les discours patriotiques qui dominent alors la presse et l'opinion publique.
L'engagement paradoxal d'un pacifiste
Né le 17 mai 1873 à Asnières dans une famille protestante d'origine cévenole, Henri Barbusse grandit entre deux cultures. Son père, licencié en théologie de l'université de Genève, est journaliste et chroniqueur théâtral au Siècle. Sa mère, d'origine anglaise, meurt alors qu'il n'a pas trois ans.
Le jeune homme se fait remarquer dès 1892 lors du concours de poésie de L'Écho de Paris organisé par Catulle Mendès. Son premier recueil, Pleureuses, publié en 1895, est salué par Mallarmé et Barrès. Avant 1914, il s'exerce dans la presse, puis se tourne vers le roman avec L'Enfer (1908), œuvre teintée de décadence et de naturalisme qui annonce déjà son goût pour le réalisme social.
Lorsque la guerre éclate en août 1914, Barbusse prend une décision qui étonnera beaucoup : malgré ses quarante et un ans, ses graves problèmes pulmonaires et ses convictions pacifistes affirmées, il s'engage volontairement dans l'infanterie.
Un socialiste antimilitariste
Dans une lettre à Pierre Renaudel, directeur de L'Humanité, il explique sa démarche paradoxale : il se définit comme un socialiste antimilitariste qui se bat contre le militarisme et l'impérialisme allemands.
Il rejoint les troupes combattantes en décembre 1914 au 231e régiment d'infanterie. Pendant vingt-deux mois, il affronte le feu en première ligne, tenant méticuleusement un journal où il note tout ce qu'il voit, entend, ressent et expérimente.
L'idéalisme républicain qui l'avait poussé à s'engager vacille rapidement devant la misère des poilus et la violence des combats.
À propos de l'auteur
Henri Barbusse (1873-1935) est un écrivain, journaliste et militant politique français. Engagé volontaire en 1914 malgré ses convictions pacifistes, il tire de ses vingt-deux mois au front Le Feu, prix Goncourt 1916, témoignage réaliste qui scandalise l'arrière et révèle l'horreur des tranchées. Fondateur du mouvement Clarté et de l'ARAC, il adhère au Parti communiste en 1923 et meurt à Moscou en 1935, fidèle à ses engagements révolutionnaires.








