Henri Barbusse
Le livre qui brise la propagande
Henri
Barbusse
Le Feu, sous-titré Journal d'une escouade, paraît d'abord sous forme de feuilleton dans le quotidien L'Œuvre du 3 août au 9 novembre 1916. Le roman est publié intégralement le 15 novembre 1916 aux éditions Flammarion. Un mois plus tard, le 15 décembre, il reçoit le prix Goncourt.
23 décembre 2025
Le livre relate le quotidien d'une escouade de soldats aux origines et conditions sociales variées : Volpatte, Lamuse, Blaire, Cocon, Poterloo, Fouillade, Barque, Paradis, Poilpot, Poitron, Salavert, Bertrand, Eudore et Farfadet. Tous ces hommes, que Barbusse fait parler avec leurs mots de « bonhommes » et leurs expressions souvent fleuries, sont unis par l'instinct de survie, la misère de leur condition et une solidarité fraternelle forgée dans l'adversité.
Le réalisme du récit provoque un choc considérable. Barbusse décrit sans détour l'horreur anatomique des combats, la saleté, les poux, l'attente interminable, la peur au ventre. Dans un passage célèbre du chapitre 24, il écrit : « Deux armées qui se battent, c'est comme une grande armée qui se suicide ».
Un autre extrait montre la lucidité amère des soldats face à la propagande : « On est des machines à oublier. Les hommes, c'est des choses qui pensent un peu, et qui, surtout, oublient. Voilà ce qu'on est ».
Le livre ne cache rien de la duperie entretenue par les journalistes de l'arrière. Barbusse fait dire à ses personnages : « C'est des journalistes, dit Tirette. Des journalistes ? Ben oui, les sidis qui pondent les journaux [...] Alors, c'est eux qui nous bourrent le crâne ? ».
Un succès foudroyant et controversé
Dès sa parution en feuilleton, Le Feu est lu par un large public auquel Barbusse est extrêmement attentif. Le succès est immédiat et considérable : plus de 200 000 exemplaires sont vendus en une année. Les Français découvrent, horrifiés, ce qu'était cette guerre ignoble, en contradiction totale avec les discours patriotiques qui leur avaient été infligés jusque-là.
Le réalisme du roman soulève les protestations du public de l'arrière autant qu'il provoque l'enthousiasme des camarades de combat (Wikipédia). La controverse porte d'abord sur la véracité historique du récit, principalement en raison de la rupture profonde que marque ce texte autorisé par la censure avec la propagande de temps de guerre, elle-même dénoncée dans l'ouvrage.
Dans les années 1920, Jean Norton Cru, dans son Témoins, essai d'analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, conteste la véracité du roman sur plusieurs points. Sa critique porte sur l'aspect naturaliste du texte, qui serait plus une interprétation du vécu et une composition littéraire qu'un témoignage neutre. Pour Norton Cru, « Barbusse, plus que personne, a usé et abusé de l'horreur anatomique » (cité dans Wikipédia).
À propos de l'auteur
Henri Barbusse (1873-1935) est un écrivain, journaliste et militant politique français. Engagé volontaire en 1914 malgré ses convictions pacifistes, il tire de ses vingt-deux mois au front Le Feu, prix Goncourt 1916, témoignage réaliste qui scandalise l'arrière et révèle l'horreur des tranchées. Fondateur du mouvement Clarté et de l'ARAC, il adhère au Parti communiste en 1923 et meurt à Moscou en 1935, fidèle à ses engagements révolutionnaires.








