László Krasznahorkai
Le « maître de l'apocalypse » hongrois
reçoit le Nobel de littérature
László
Krasznahorkai
LIVRESSE.com ( 9 octobre 2025 ) - Dans un monde où la littérature se fait de plus en plus accessible, l'Académie suédoise vient de couronner l'un des écrivains les plus exigeants et radicaux de notre époque.
Le prix Nobel de littérature 2025 a été décerné jeudi 9 octobre à l'écrivain hongrois László Krasznahorkai, 71 ans, pour « son œuvre fascinante et visionnaire qui, au milieu d'une terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l'art ».
Vingt-trois ans après son compatriote Imre Kertész, lauréat en 2002, Krasznahorkai s'inscrit dans la lignée des grands écrivains de l'Europe centrale qui ont su transcender l'horreur et le désespoir par la force de la création littéraire.
Un visionnaire de la dystopie
Né le 5 janvier 1954 à Gyula, une petite ville du sud-est de la Hongrie, László Krasznahorkai s'est imposé comme l'une des voix les plus singulières de la littérature contemporaine.
Après des études brillantes à la faculté de Szeged, il publie son premier roman en 1985 et connaît une reconnaissance internationale avec Tango de Satan (1985) et La Mélancolie de la résistance (1989), deux œuvres qui exploreront les thèmes de la décomposition sociale et de l'apocalypse larvée.
Opposant farouche tant à la société communiste de son pays natal qu'au monde capitaliste occidental, Krasznahorkai développe une œuvre profondément critique des désillusions du XXe siècle.
Ses romans explorent sans concession la dystopie, la mélancolie et la folie, créant des univers où l'humanité semble inexorablement vouée à sa perte.
Un style unique et obsessionnel
Ce qui distingue immédiatement Krasznahorkai de tous les autres écrivains contemporains, c'est son style radical et hypnotique. Ses phrases, d'une longueur vertigineuse, peuvent s'étendre sur plusieurs pages sans interruption.
Chaque paragraphe se tient souvent en une seule phrase interminable, tissée d'incises et de digressions qui créent une architecture textuelle labyrinthique.
« L'écriture de Krasznahorkai est profondément sensorielle et musicale », explique sa traductrice française Joëlle Dufeuilly. Ces constructions circulaires inscrivent le lecteur dans une forme de réitération perpétuelle, reflétant l'obsession et la spirale mentale de ses personnages. L'auteur lui-même qualifie son approche comme « la réalité examinée jusqu'à la folie ».
Cette exigence formelle, qui lui a valu d'être qualifié d'« obsessionnel », crée une expérience de lecture immersive et éprouvante. Le sujet d'un verbe peut se trouver plusieurs pages avant son complément, obligeant le lecteur à maintenir une tension constante, à l'image des univers oppressants que dépeint l'écrivain.
Une œuvre cinématographique
La reconnaissance de Krasznahorkai doit aussi beaucoup à sa collaboration avec le cinéaste Béla Tarr. Il a signé les adaptations de ses propres romans pour Sátántangó (1994), un film-fleuve de sept heures considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma contemplatif, et Les Harmonies Werckmeister (2000), adaptation de La Mélancolie de la résistance. Ces films, aussi exigeants que les romans dont ils sont tirés, ont contribué à faire connaître son univers au-delà des cercles littéraires.
Une reconnaissance tardive mais méritée
Bien que son œuvre soit traduite dans de nombreuses langues et qu'il ait reçu le prestigieux Man Booker International Prize en 2015, Krasznahorkai restait relativement méconnu du grand public
Son dernier roman paru en français, Petits travaux pour un palais : pénétrer la folie des autres, publié chez Cambourakis en 2024, confirme pourtant la vitalité créatrice de cet auteur inclassable.
Avec ce Nobel, l'Académie suédoise réaffirme que la grande littérature n'a pas à être consensuelle ou facilement digestible. Elle célèbre un écrivain qui, par son exigence et sa radicalité, nous force à regarder en face les abîmes de notre temps.
À propos de l'auteur
László Krasznahorkai, né en 1954 à Gyula en Hongrie, est un écrivain et scénariste reconnu pour ses dystopies apocalyptiques et son style unique fait de phrases infinies. Auteur de Tango de Satan et La Mélancolie de la résistance, adaptés au cinéma par Béla Tarr, il a reçu le Man Booker International Prize en 2015. Son écriture radicale, qualifiée de « réalité examinée jusqu'à la folie », explore la décomposition sociale et la condition humaine avec une intensité hypnotique.










