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Le maître et la mort
Marc Trillard
Gallimard
320 pages
Août 2003
Le maître et la mort, Marc Trillard
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Présentation de l'éditeur
La tyrannie du désir qui pousse les hommes à leur perte

Port-au-Prince, comme une pièce de charogne, une carcasse entre les mâchoires d'un chien sur sa décharge » : c'est là que commence le roman, lors des funérailles quasi nationales organisées à la mémoire d'un journaliste assassiné sur les ordres d'un sénateur véreux, membre influent de la mouvance Lavalas actuellement au pouvoir, qui prépare le retour du prêtre-président Aristide.

Le personnage central du roman, Valéry Vlatine, est employé à la bibliothèque de l'Institut français.

On est en période électorale, et Haïti vit dans un climat de guerre civile larvée. Vlatine occupe ses journées à se promener dans le pays, évitant les banlieues résidentielles fréquentées par les Blancs, cherchant un apaisement à son vague à l'âme dans les bras de très jeunes prostituées haïtiennes.

Seule contrainte professionnelle, il doit accueillir un écrivain venu de métropole, Exantus Phanord, natif de l'île mais qui n'y est pas retourné depuis l'enfance.

Vlatine le guide dans les quartiers populaires, puis lassé par la naïveté et les bons sentiments de l'écrivain, l'abandonne à son sort. Phanord se retrouvera dans une manifestation de l'opposition, des policiers l'embarqueront au poste où il fera un séjour à la fois instructif et traumatisant, qui hâtera son retour vers Paris.

Vlatine a décidé de rester sur l'île, se rapproche d'une secte évangéliste dirigée par le pasteur Habermas, qui ne tarde pas à repérer ses qualités de prédicateur.

Vlatine monte dans la hiérarchie et finit par fonder sa propre secte, baptisée le Rocher de Baden, avec quelques prêtres d'Habermas qu'il parvient à dévoyer.

La secte a du succès, grâce à la force de persuasion du Blanc, et à la liqueur miraculeuse dont il vend les fioles à prix d'or (une mixture à laquelle il affirme avoir mélangé le sang de ses stigmates – en fait, du sang de poulet).

Il loue une superbe maison, qu'il appelle la Volière, dans laquelle il convie des restaveks, enfants abandonnés par leurs parents auprès de riches protecteurs.

Entouré d'adolescentes, il se construit là son Eden privé. Mais sa disciple Guirlène, numéro deux de la secte, ancienne maîtresse qu'il délaisse, le trahit comme lui-même avait trahi Habermas.

Elle entraîne les fidèles avec elle, et il se retrouve seul, Blanc parmi une population qui lui est désormais hostile.

C'est un roman étrange, passionnant, magnifiquement écrit. Ce qui retient et fascine, c'est l'écriture tonique, inventive, foisonnante, très libre et mûre : on peut appeler cela un style.

Le thème lui-même, l'intrigue et ses ressorts, ne sont qu'un support à cette fête de mots qui savent aussi bien célébrer le corps des femmes que décrire la haine, la médiocrité, la déliquescence tropicale, la tyrannie du désir qui pousse les hommes à leur perte, la violence et la perversité des rapports post-coloniaux.

Les dialogues, acérés, font preuve d'une grande maîtrise. Les caractères sont remarquablement ébauchés. Trillard donne à chaque page la preuve sans conteste d'une exceptionnelle puissance romanesque.

Peu d'auteurs, en tout cas, sont capables de restituer avec une telle vigueur d'évocation des atmosphères de moiteur tropicale, de violence collective, d'érotisme trouble.

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