Accueil


Recherche dans les pages de Livresse


Mots-clés :




Classement
par titres

|A | B | C | D | E | F | G |
| H - I- J - K |
| L' | L | La | Le | Les |
| M - N | O - P - Q |
| R | S | T |
| U - V - W - X - Y - Z |



L'art d'aimer, Aubade


Hit-Parade




Pour nous écrire




FAQ  Agenda  Répertoire de sites  Bibliothèque
 
Inscrivez-vous
au Bulletin
Livresse


La Bibliothèque






Google
 
Dans la marche du temps
Daniel Rondeau
Grasset
981 pages
Septembre 2004
Dans la marche du temps, Daniel Rondeau
Pour commander ce livre   et  
France / Belgique / Europe     Cliquez ici
Québec / Canada / USA     Cliquez ici

Bibliothèque Livresse
Dans la marche du temps
Sur le web
BiblioMonde - Daniel Rondeau
Le monde selon Daniel Rondeau
Entretien avec Daniel Rondeau
À lire
Engagé dans tous les combats de son temps
Présentation par l'auteur
« Loin de la violence de sa forêt, il a affronté celle du monde »

Je suis parti de loin, d'une histoire que ne m'avait pas racontée mon père. Il l'avait seulement évoquée avec des cousins, un dimanche. Je m'étais fait tout petit et j'avais ouvert grand mes oreilles. A cette époque - là, je devais avoir sept ou huit ans, j'aimais beaucoup les conversations des adultes (aujourd'hui moins).

Il avait parlé d'un incident opposant au début du siècle deux bûcherons, ses oncles peut - être, c' était vague. Ce qui m'avait frappé dans son récit, dans ce que j'en avais compris, c'était le lieu, une clairière cadenassée de grands arbres dans cette mystérieuse forêt du Gault (que j'écrivais mentalement forêt d'Hugo, comme Victor) , la violence du drame, et surtout le fait qu'un ou plusieurs des protagonistes en avaient profité pour déguerpir et disparaître à jamais.

Mon père était né en lisière de cette forêt, " sur une terre sans aïeux et sans mémoire, où l'anéantissement de ceux qui l'avaient précédé avait été total " (Camus).

La forêt du Gault était un microcosme isolé du monde et à l'écart du temps. Les hommes y vivaient comme au moyen - âge, à une petite centaine de kilomètres de Paris. J'ai souvent repensé à ce qu'étaient devenus celui ou ceux qui avaient voulu s'arracher à ce territoire natal. C'est ainsi que j'ai commencé à écrire ce livre.

Au fil de mes premiers tentatives, la forêt du Gault est devenue un théâtre des origines, la matrice boueuse et gothique d'un pays qui en cent ans allait changer de peau, de désirs, de mode de vie et sans doute aussi d'idéal.

Un jour, j'ai compris que le personnage principal en serait cet enfant que je retrouvais chaque matin dans mes pensées au sortir de la nuit. Il se prénommait Pierre, avait des cheveux rouges, comme mon père, il était né le 18 décembre 1900, dans la forêt. Pierre avait toujours voulu autre chose. Autre chose que le confinement et l'égoïsme, autre chose que la vie sans lendemain et la violence, ce pain noir des hommes de la forêt. Il cherchait plus de lumière, au fond. Le souvenir des grands arbres et les leçons de son instituteur, c'est tout ce qu'il emportera le jour où il prendra son élan pour s'évader et vivre les aventures de son temps. C'était parti. C'était il y a dix ans. A chacun son rêve et sa vie.

Je m'aperçois que je raconte les débuts de ce personnage comme s'il avait existé. Ce qui est vrai, c'est que Pierre Perrignon m'a pris par la main. Moi aussi, je suis parti. J'ai quitté le brouhaha de Paris et vécu semi cloîtré dans une maison en Champagne. Au bout du compte, j'aurai passé dix ans avec lui. Pendant ces dix années, j'ai écrit d'autres livres, Perrignon ne m'a jamais quitté. Loin de la violence de sa forêt, il a affronté celle du monde. Sa complexité, son chaos. Il a vécu deux guerres, la mort de Dieu, les mythes qui engendrent des hommes, la Révolution, les trahisons, il a connu des femmes mais n'en a aimé qu'une.

C'est un homme qui a toujours attendu quelque chose ou quelqu'un. Un instant de bonheur ou de liberté supérieure, une leçon de fraternité, une certaine intensité, prêt à recevoir sa part de lumière que lui avait cachée le couvert des arbres. J'ai tenté de suivre la marche de cet homme dans la marche du temps, qui n'a jamais marché aussi vite depuis que le monde est monde. Pierre a vécu avec ses effigies et ses dépouilles, comme tout un chacun. Il a eu un fils, prénommé Augustin.

Sans le savoir, Augustin a remis ses pas dans ceux de son père. Répétition des rêves et des douleurs. Mêmes drapeaux, mêmes mots, mêmes lieux, mais il était tard. Le monde, pendant qu'ils vivaient, s'était converti à la religion du plaisir. Plus question de bouder les joies du sexe, et aux rock stars, bien étrangement et souvent à leur insu, la mission de nous raconter extases et crucifixions.

En fait, à travers eux, Perrignon père et fils, c'est la main du siècle qui s'est posée sur moi. Le siècle et sa légende, ses fléaux, ses grandes et petites apocalypses, ses personnages, ses héros oubliés et tous nos copains disparus, ses nostalgies de culture et de communion. Au bout du compte, restent deux hommes à la dérive sur la houle du temps qui se racontent leur vie et se consolent à la lumière d'un seul soleil. »

Daniel Rondeau

Google
 

Accueil




Pour écrire à Livresse.com : cliquez ici