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En librairie le 12 janvier
Une voix dans la nuit
Armistead Maupin
Éditions de L'Olivier
320 pages
Janvier 2001
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Présentation
Maupin livre sa vie

«Voilà des années que je pille ma vie pour en tirer des fictions», avoue le personnage de son nouveau roman... Armistead Maupin livre désormais sa vie en toute impunité. Il évoque une rupture et une relation entre un père et son fils...

Chapitre un
Les Joyaux de l'éléphant

Quand je dis que c'est mon fils, ça fait drôle, je sais. Il y a comme de l'affectation là-dedans, on sent bien que c'est un fantasme, qu'il ne faut pas le prendre au sérieux. Un vague sourire de commisération passe fugacement sur le visage de mes interlocuteurs. Je n'ai pas de peine à voir dans quel tiroir ils me rangent : celui du quinquagénaire frustré qui essaye d'assouvir in extremis sa soif de paternité avec l'enfant de quelqu'un d'autre.

Mais ils se trompent. En toute franchise, je n'ai jamais eu de désir d'enfant. L'idée ne m'a jamais effleuré un instant qu'un caprice de la nature m'avait empêché d'accomplir mon destin de mâle. Notre rencontre, à Pete et à moi, n'a été qu'un pur accident, un heurt entre deux âmes soeurs qui n'avait rien à voir avec des pulsions paternelles, latentes ou autres. Ça au moins, j'en ai la certitude.

"Fils" n'est pas le mot qui convient, bien sûr. Mais c'est le seul qui est de taille à décrire un événement pareil. Autant vous prévenir tout de suite, l'affabulation est mon métier : voilà des années que je pille ma vie pour en tirer des fictions. Comme une pie, je ne garde que les objets brillants. Le reste, je le jette. N'a d'intérêt pour moi que ce qui est susceptible d'enrichir l'architectonique d'un récit. Du coup, je ne suis pas très fiable lorsqu'il s'agit de rapporter des faits. Vous n'avez qu'à demander à Jess Carmody ; ayant été mon compagnon pendant dix ans, il a pu observer ma maladie de près. Il lui avait même trouvé un nom, le "syndrome des joyaux de l'éléphant", inspiré d'une anecdote que je lui avais racontée un jour sur un de mes anciens copains de fac. Mon copain, qui s'appelait Boyd, s'était enrôlé dans le Peace Corps à la fin des années soixante. On l'avait envoyé dans un village, en Inde ; là-bas il était tombé amoureux d'une jeune fille, dont il avait fini par demander la main. Mais ses parents à lui, qui appartenaient à la bonne société de la Caroline du Sud, étaient tellement horrifiés à l'idée d'avoir des petits-enfants basanés qu'ils refusèrent de venir à New Delhi pour assister au mariage. Boyd leur envoya des photos. Il se trouve que sa jeune épouse était une aristocrate de la plus haute caste, issue d'une lignée infiniment supérieure à celle des Boyd. Les noces avaient été d'une magnificence plus que royale ; les mariés étaient tous deux juchés sur des éléphants parés de joyaux fastueux. Les parents de Boyd, prisonniers de leurs préjugés petits-bourgeois, avaient raté le plus bel événement mondain de leur vie. J'avais tant de fois raconté cette histoire que Jess la connaissait par coeur. Aussi, quand un voyage d'affaires amena Boyd à San Francisco et que je le présentai à Jess, celui-ci se crut assuré de disposer d'une parfaite entrée en matière. - Gabriel m'a dit que tu t'étais marié à dos d'éléphant, s'exclama-t-il, jovial. Boyd se borna à battre des cils d'un air perplexe. Déjà, je sentais le rouge me monter aux joues. - Ce n'est pas vrai ? - Non, dit Boyd avec un rire gêné. Je me suis marié dans un temple presbytérien. Jess ne dit rien, mais il me gratifia d'un de ces regards lourds dont j'avais depuis longtemps appris à déchiffrer le sens : On ne peut pas se fier à toi, il faut toujours que tu brodes. À ma décharge, cette histoire avait un fond de vérité. Boyd avait bel et bien épousé une jeune Indienne qu'il avait connue dans le Peace Corps, et qui s'était révélée être de famille franchement aisée. Et les parents de Boyd (qui étaient effectivement du genre coincé) avaient toujours regretté de ne pas être allés au mariage. Où ai-je été chercher les éléphants ? Je n'en sais rien. Tout ce que je peux dire, c'est que j'y croyais dur comme fer. Ils ne me sont jamais apparus comme un mensonge ; pour moi, ce n'était qu'une façon de représenter la vérité sous forme de concentré symbolique, en la rendant plus attrayante. La plupart des récits sont pleins de lacunes qui ne demandent qu'à être comblées par des éléphants couverts de joyaux. Et par malheur, je suis enclin à en fabriquer. Je ne voudrais pas qu'il en aille ainsi quand je raconterai l'histoire de Pete. Je vais m'efforcer de rapporter les faits exactement tels que je me les rappelle, dans l'ordre, en leur ajoutant le moins de joyaux possible. Il en va de mon devoir envers mon fils - envers nous deux - et envers les péripéties non écrites de la vie quotidienne. Mais surtout, il faut que j'arrive à vous y faire croire, à vous. Ce qui ne va déjà pas être facile.

Extrait de Armistead Maupin, Une voix dans la nuit, © Editions de l'Olivier, 2001.

www.thenightlistener.com
www.armisteadmaupin.com


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